Le Bengale

Famille Sainte-Croix à Noakhali, dans l'actuel Bangladesh.

En 1852, le Saint-Siège confie aux Sainte-Croix la Mission du Bengale Oriental*. Au moment d’accepter cet engagement, le père Moreau écrit : On m’a donc blâmé d’avoir accepté cette mission, en répétant que toutes les autres Congrégations l’avaient refusée, et qu’il n’y a là aucun bien à faire. À ces reproches j’ai répondu ce que je répondrai toujours en pareille circonstance : J’ai pour principe de ne rien demander en fait de fondation, comme aussi de ne rien refuser, quand tout me semble indiquer un dessein de la Providence. (Lettres circulaires, 1er janvier 1858).

Le père Moreau envoie une vingtaine de religieux et une dizaine de religieuses au Bengale dès 1853. Leur travail est héroïque, mais les difficultés y sont trop nombreuses (chaleur tropicale, pluie abondante, maladies, décès). C’est ainsi que la province est laissée aux bénédictins britanniques en 1875. En 1888, Sainte-Croix est de retour et la mission se développe grâce aux nombreux missionnaires qui viennent des États-Unis et du Canada. Parmi eux, les sœurs de l’Indiana décideront de quitter le territoire à cause du climat pendant plus de 30 ans pour n’y retourner qu’en 1927. Les sœurs canadiennes y retourneront en 1928.

Dépliant La congrégation de Sainte-Croix aux Indes (1930).

Les missionnaires de l’époque voyagent par train et par bateau pendant plusieurs mois pour se rendre aux régions de mission. De passage en Europe, ils profitent de l’occasion pour visiter Le Mans, lieu d’origine de la congrégation et imprégné de l’esprit du père Moreau.

Livre sur la religion catholique en langue bengalie (1927).

Aussitôt arrivés à destination, les missionnaires apprennent rapidement les coutumes du pays et la langue locale, le bengali, indispensables pour la réalisation de leur mission. Plusieurs ouvrages de doctrine chrétienne ont été traduits en langue bengalie et ont contribué à l’évangélisation du Bengale.

Les missionnaires au Bengale subissent les contrecoups des conflits dans la région. La guerre d’indépendance de l’Inde de 1942 à 1947 et la guerre civile en 1971 obligent les missionnaires à modifier leurs déplacements sans toutefois quitter le pays. L’esprit missionnaire demeure, en répondant aux divers besoins de la population préoccupée par la reconstruction de son pays.

La mission du Bengale est un bon exemple d’un objectif de la congrégation voulu par le père Moreau : l’éducation chrétienne de la jeunesse, avec un souci particulier des pauvres et des enfants abandonnés. Les efforts de collaboration entre la famille Sainte-Croix canadienne et les jeunes églises en développement ont porté fruit. Ils se traduisent aujourd’hui par une croissance importante des vocations et par la prise en charge des œuvres missionnaires par les populations locales des divers pays. L’héritage laissé par le père Moreau s’est donc perpétué.

* Jusqu’en 1947, le territoire du Bangladesh fait partie de l’Union indienne. De 1947 à 1971, ce territoire devient une province orientale du Pakistan. En 1971, le Bangladesh devient indépendant.

À la découverte de moyens de transport locaux...

L’épisode de la captivité aux Philippines

Sur le chemin vers le Bengale

Porte-documents en hommage à la présence des Sainte-Croix aux Philippines.

Une page unique dans l’histoire de la communauté Sainte-Croix et qui est restée à jamais mémorable par le courage de ses missionnaires est la suivante. En 1941, un groupe de 16 religieux de la congrégation de Sainte-Croix, dont trois frères, trois pères et quatre sœurs canadiens, se rendent au Bengale par la voie maritime du Pacifique. Leur paquebot se trouve au port de Manille (Philippines) lorsque les Japonais attaquent la base militaire américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, marquant le début de la guerre entre ces deux pays. Pensant que leur voyage serait seulement retardé de quelques jours, les sœurs sont alors hébergées chez les Sœurs de l’Immaculée-Conception et les religieux chez les Jésuites. Au début janvier 1942, ils apprennent qu’ils sont désormais en captivité sous la surveillance des Japonais qui ont pris le contrôle de Manille. Malgré les feux de la guerre qui les entourent, ils ont une vie relativement normale grâce à un « Release Certificate », sans toutefois pouvoir donner des nouvelles à leurs supérieurs et à leurs familles.

Le 9 juillet 1944, les Japonais décident d’interner tous les missionnaires ennemis dans un camp de concentration au sud de Manille, qui comptait 1 700 détenus civils, 300 religieux catholiques et environ 200 ministres d’autres cultes. Les conditions sont difficiles et angoissantes, la nourriture étant de plus en plus réduite au fil des semaines. Le 23 février 1945 à l’appel de 7 h du matin, des parachutistes, des chars d’assaut et des chars amphibies américains attaquent le camp pour libérer les détenus. Les Américains avaient appris que tous les prisonniers du camp allaient être fusillés ce jour-là, juste après l’appel. Les religieux témoignent que c’est grâce à la Providence qu’ils ont pu être ramenés sains et saufs au Canada.